Le mûrier platane (Morus kagayamae) est un arbre d’ornement répandu dans les jardins et les alignements urbains du sud de la France. Depuis quelques années, sa santé est mise à rude épreuve par un ravageur d’origine asiatique, le longicorne tigre (Xylotrechus chinensis), qui s’ajoute aux maladies fongiques classiques comme l’oïdium ou le chancre. Le point de situation fin 2025 publié par la DRAAF Occitanie confirme que la menace progresse géographiquement, bien au-delà du littoral méditerranéen.
Xylotrechus chinensis : un organisme de quarantaine européen, pas un simple ravageur local
Les articles de communes et d’associations présentent souvent le longicorne tigre comme un « nuisible » parmi d’autres. Son statut juridique est plus contraignant. Xylotrechus chinensis est classé organisme nuisible réglementé de quarantaine à l’échelle européenne, inscrit à l’annexe II, partie B, du Règlement d’exécution (UE) 2019/2072.
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En France, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) le suit comme organisme de quarantaine prioritaire. Ce classement impose aux collectivités et aux gestionnaires d’espaces verts des obligations légales de surveillance et d’éradication, qui vont bien au-delà d’un simple traitement phytosanitaire.
Pour un jardinier particulier, la conséquence directe est claire : un mûrier platane infesté ne peut pas être géré comme un arbre simplement malade. L’abattage et la destruction du bois contaminé peuvent être exigés par les services de l’État.
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Reconnaître une infestation du longicorne tigre sur mûrier platane
Le longicorne tigre adulte est un coléoptère de taille moyenne, reconnaissable à ses élytres noirs barrés de bandes jaunes. Mais c’est sa larve, xylophage, qui provoque les dégâts. Elle creuse des galeries dans le bois vivant du mûrier, affaiblissant la structure interne de l’arbre.

Les signes visibles apparaissent souvent quand l’infestation est déjà avancée. Voici les indices à surveiller sur votre arbre :
- Présence de sciure fine au pied du tronc ou dans les anfractuosités de l’écorce, signe que des larves sont actives dans le bois
- Trous de sortie circulaires sur le tronc et les branches charpentières, laissés par les adultes émergeant entre juin et août
- Dessèchement brutal de branches entières, parfois en pleine saison de végétation, sans cause fongique apparente
- Décollement de plaques d’écorce révélant des galeries sous-jacentes
Un arbre qui perd des branches en été sans raison visible justifie une inspection rapprochée de l’écorce et du bois. En cas de doute, le signalement auprès de la DRAAF ou de la FDGDON (Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles) reste la démarche recommandée.
Maladie du mûrier platane : distinguer le longicorne des pathologies fongiques
Le mûrier platane est aussi sujet à plusieurs maladies d’origine fongique. L’erreur la plus fréquente consiste à attribuer un dessèchement de branche au longicorne alors qu’un champignon en est la cause, ou inversement.
Oïdium du mûrier platane
L’oïdium se manifeste par un feutrage blanc-grisâtre sur les feuilles, parfois sur les jeunes pousses. Il apparaît surtout au printemps et en automne, favorisé par l’humidité et une mauvaise circulation d’air dans le feuillage. L’oïdium affaiblit l’arbre mais ne le tue pas. Une taille d’aération régulière et, si nécessaire, un traitement au soufre mouillable suffisent dans la plupart des cas.
Chancre et verticilliose
Le chancre provoque des nécroses localisées sur l’écorce des branches, avec un affaissement et un noircissement de la zone touchée. La verticilliose, causée par le champignon Verticillium, entraîne un flétrissement unilatéral : une partie de l’arbre jaunit et sèche tandis que l’autre reste verte.
Aucun traitement curatif n’existe contre la verticilliose. La prévention passe par le choix d’un sol sain lors de la plantation et l’évitement des blessures racinaires. Un arbre atteint de verticilliose avancée peut devoir être abattu, mais pour des raisons sanitaires différentes de celles liées au longicorne.

Extension géographique du longicorne tigre : au-delà du pourtour méditerranéen
Jusqu’en 2022, les signalements de Xylotrechus chinensis restaient concentrés dans quelques communes de l’Hérault et du Gard. Le point de situation fin 2025 de la DRAAF Occitanie indique que le foyer s’est étendu à plusieurs départements intérieurs, non strictement littoraux. Des interceptions sur matériel végétal ont aussi été réalisées hors de la région Occitanie.
Cette progression change la donne pour les jardiniers situés en dehors du sud méditerranéen. Le transport de bois de taille ou de plants de mûrier non contrôlés constitue un vecteur de dispersion documenté. Si vous achetez un mûrier platane en pépinière, vérifier l’origine du plant et l’absence de passeport phytosanitaire expiré n’est pas un réflexe superflu.
Abattage d’un mûrier platane infesté : quand la décision s’impose
La question de l’abattage se pose différemment selon la cause du dépérissement. Un mûrier touché par l’oïdium ou un chancre localisé peut souvent être sauvé par la taille et le traitement. Un arbre massivement infesté par le longicorne tigre présente un risque structurel : les galeries larvaires fragilisent le bois, augmentant le danger de chute de branches, voire de rupture du tronc.
Les retours terrain divergent sur le seuil à partir duquel un arbre est considéré comme irrécupérable. Certains gestionnaires municipaux abattent dès la confirmation de trous de sortie multiples sur le tronc principal. D’autres tentent des injections insecticides, dont l’efficacité sur Xylotrechus chinensis n’a pas encore fait l’objet d’une validation scientifique large.
Pour un jardinier particulier, la prudence consiste à faire intervenir un expert arboriste si des signes de galeries sont repérés. L’abattage, quand il est décidé, doit être suivi de la destruction complète du bois (broyage ou incinération selon la réglementation locale) pour éviter la dissémination des larves.
Le mûrier platane reste un arbre robuste et adapté aux étés secs, à condition de surveiller activement son état sanitaire. La distinction entre une maladie fongique traitable et une infestation par le longicorne tigre détermine la marche à suivre. Signaler tout soupçon d’infestation aux autorités phytosanitaires régionales reste le geste le plus utile, autant pour son propre jardin que pour freiner la progression de ce ravageur réglementé sur le territoire.

